Demandez à un jeune pourquoi il a choisi tel type de formation et il vous donnera sa version des faits. Il vous parlera passions, talents, rêve d’avenir. Vous l’entendrez rarement argumenter que son entourage attendait de lui qu’il fasse ce choix. Or pour beaucoup, c’est bel et bien cette attente qui a guidé la décision.

Une étude de Randstad révèle qu’en 2026 encore, le choix d’études en dit souvent davantage sur le milieu du jeune que sur le jeune lui-même. Non pas tant en termes de pression explicite que de conceptions considérées comme acquises: ce qui est jugé intelligent, réaliste, habituel ou ambitieux dans un certain milieu. 

Les jeunes ne font pas leurs choix en toute indépendance. Au moment où ils commencent à se forger un propre jugement, leurs options sont déjà largement pliées. Et celles-ci les mènent souvent loin de leurs réelles perspectives d’épanouissement. Fait remarquable: près de 40% des Belges choisiraient un autre métier s’ils en avaient la possibilité.

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culte du diplôme

Pourtant, cela fait plusieurs décennies que nous identifions correctement le problème: celui-ci réside dans des préjugés tenaces selon lesquels l’enseignement secondaire technique serait moins valorisant que l’enseignement général, la haute école moins prestigieuse que l’université, un travail manuel moins porteur de statut social qu’un métier théorique. 

Les décideurs politiques ont lancé des campagnes, réformé les structures, imaginé des slogans. Sans succès. Près de la moitié des Belges (49%) continuent à attribuer moins de valeur à un diplôme de haute école qu’à un diplôme universitaire. Et 43% estiment qu’un diplôme de l’enseignement secondaire technique est de moindre qualité qu’un diplôme de l’enseignement général. La conviction selon laquelle un diplôme technique serait de moindre valeur est donc encore bien ancrée. 

Et ce ne sont pas les générations plus âgées qui s’accrochent le plus fermement à ces préjugés. Les jeunes en sont également convaincus

les influences sociales sur le choix d'une profession.

L’enquête que nous avons menée auprès de 3.000 Belges actifs révèle le véritable moteur du choix d’études. Vous souhaitez en connaître toutes les conclusions?

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qui est réellement aux commandes?

Choisir ses études est un processus lent, nourri par des années entières de petites révélations, d’attentes et d’exemples. Trois acteurs jouent un rôle de premier plan dans ce mécanisme.

Les parents orientent leurs enfants, consciemment ou non, en se basant sur un marché du travail qui n’existe plus. Un marché sans IA dans lequel un diplôme signifiait bien plus qu’aujourd’hui un sésame pour une carrière stable. Cette sécurité a disparu, mais le réflexe subsiste. Résultat: des conseils d’orientation bien intentionnés, motivés par la volonté de limiter les risques. ‘Garder toutes les options ouvertes.’ ‘Ne se fermer aucune porte.’ ‘Opter pour la sécurité.’ Cela semble raisonnable, mais miser sur la sécurité, c’est aussi s’éloigner de la motivation intrinsèque. Et c’est déboucher aujourd’hui sur un métier qui, tant en termes de contenu de la fonction que de sécurité, ne s’avère pas nécessairement être le bon choix.

Les enseignants et conseillers d’orientation sont aux manettes des entretiens qui concrétisent les choix d’études. Ils désignent ce qu’ils considèrent comme des talents, indiquent ce qu’ils jugent ‘réaliste’. C’est là que réside un risque majeur: lorsque l’école s’appuie sur un de ces préjugés pour donner à l’élève, à un moment crucial, le message que telle orientation ne lui conviendra pas (ne manquez pas de lire à ce propos le témoignage de Karolien), elle perpétue les inégalités qu’elle devrait contribuer à combattre.

La société fait le reste. L’influence se cache dans les questions posées lors d’une fête de famille. ‘Quelles études fait ton enfant?’ semble être une question innocente mais elle l’est rarement. Et tant que les termes ‘peu qualifié’ et ‘hautement qualifié’ resteront courants alors qu’ils ne disent rien sur la complexité ou le savoir-faire, et tant que l’enseignement général sera implicitement considéré comme la seule véritable formation et l’enseignement technique et professionnel comme le plan B pour ceux qui n’y arrivent pas, il ne faudra pas s’attendre à de grands changements structurels.

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Il y a une sous-exploitation structurelle des talents parce que nous les orientons trop souvent dans la mauvaise direction.

le prix à payer

Tout talent qui ne peut s’épanouir est un talent de trop. Mais le prix que nous payons tous pour les choix d’études restreints est bien plus élevé.

Des talents fourvoyés. Les pénuries chroniques de profils techniques et pratiques sont attribuées à un manque de candidats. Or, cette pénurie est en partie créée par la manière dont nous envisageons les formations qui délivrent ces profils. Tant que le choix d’une filière technique sera perçu comme un aveu d’échec plutôt que comme une option à part entière, les problèmes de recrutement persisteront. Il y a une sous-exploitation structurelle des talents parce que nous les orientons trop souvent dans la mauvaise direction.

Faux sentiment de sécurité. La thèse selon laquelle un parcours universitaire offrirait plus de sécurité pour l’avenir est de moins en moins vraie. Les emplois qui reposent sur des tâches cognitives routinières sont les plus menacés par l’évolution de l’IA. Les professions techniques, sociales et artisanales résistent mieux. Ceux qui choisissent la sécurité en se fiant à une image dépassée optent justement aujourd’hui pour la position la plus vulnérable.

Un travail sans conviction, à grande échelle. Pour 1 Belge sur 4, la profession exercée est le fruit d’un choix négatif, effectué non pas par envie mais par défaut. Cela se traduit par moins d’engagement, moins d’initiative et une plus grande distance par rapport au travail. À l’échelle de l’ensemble du marché du travail, c’est un frein structurel à la productivité et à l’agilité.

un autre discours

La solution structurelle réside dans notre façon d’envisager le développement des talents: non pas comme quelque chose qui est défini par un choix unique d’études posé à 16 ans, mais comme quelque chose qui évolue tout au long d’une carrière et prend de multiples formes. Cela nécessite un autre discours sur la croissance et le développement, ainsi que sur la valeur d’un diplôme. Chacun d’entre nous a un rôle à jouer à cet égard.

boussole

Quel rôle jouerez-vous? Découvrez comment contribuer à façonner ce discours en tant qu’employeur, parent ou enseignant.

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Tant que certaines filières bénéficieront systématiquement d’un statut privilégié, la véritable liberté de choix sera une illusion et nous continuerons à orienter les talents d’une façon inappropriée, parfois loin de ce qui leur correspond. Et de ce dont le marché du travail a besoin.

Les cartes des jeunes sont battues par les parents, les enseignants et une société qui est toujours sous l’emprise du culte des diplômes et de la peur du qu’en-dira-t-on. 

Le germe d’un véritable changement réside dans chaque parent qui se demande ce qui motive véritablement son enfant, dans chaque enseignant qui dissocie le talent d’un certain type d’enseignement, dans chaque employeur qui reformule ses offres d’emploi au départ des compétences.

comment aider un jeune à choisir ses études?

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