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Dire que la Journée internationale des droits de la femme ne sert à rien, voilà ce qu’ose réfuter Dominique Hermans, Managing Director chez Randstad Pays-Bas: “L’attention et le débat ont très certainement permis d’accélérer les choses.” Mais comment viser l’inclusion en tant qu’organisation? Un entretien sur la diversité et l’inclusion, les cultures d’entreprise (trop) masculines, le leadership au féminin et les femmes fortes.

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l’inclusion comme levier de la diversité

“La diversité n’est pas un but en soi”, affirme Dominique. “Je préfère parler d’inclusion: être ouvert à différentes personnes, avis ou points de vue. Plus votre entreprise est inclusive, moins votre genre a de l’importance. Le grand danger réside surtout dans les grands groupes homogènes. Cela ne peut que conduire à l’uniformité. L’inclusion peut vraiment aider à intégrer la diversité au sein des entreprises.”

 

Acceptez toutes les opinions et les points de vue et voyez-les comme une valeur ajoutée.

Cela demande évidemment un autre type de leadership: “Plus d’empathie, plus de vulnérabilité. Arrêtez de penser que vous avez raison et acceptez simplement qu’il y ait d’autres opinions et points de vue : voyez-les comme une valeur ajoutée. En tant que leader, vous êtes, vous aussi, un maillon dans la chaîne de réalisation de votre équipe. Vous n’êtes pas omniscient. Vous devez pouvoir accepter cette vulnérabilité, au risque de voir une monoculture s’installer où le leadership féminin n’a pas sa place.”

le leadership féminin est un leadership authentique

“Le fondement du leadership féminin?”, s’interroge Dominique. “C’est d’être soi-même, ne pas essayer de se conformer ou d’être quelqu’un d’autre. Mon conseil aux femmes leaders: vous devez avoir la certitude que votre authenticité sera aussi remarquée. Inutile de taper du poing sur la table ou d’adopter un comportement macho pour ça.”

 

ne dites pas adieu à l’empathie

“La plupart des entreprises aiment les chiffres. Les résultats directs: voilà ce qui compte”, explique Dominique. “Alors que des facteurs plus doux, indirects peuvent avoir une plus grande influence sur le bottom line. Pensez à la satisfaction des clients, à l’entente entre collègues et à la manière dont on traite les candidats. On parle ici d’empathie et de dialogue. Ce sont d’ailleurs des facteurs où l’on retrouve beaucoup plus de caractéristiques féminines.”
 
Heureusement, Dominique voit les entreprises évoluer dans la bonne direction: “Les entreprises s’intéressent de plus en plus à leur objectif, leurs valeurs, leur raison d’être et leur responsabilité vis-à-vis de la société et de la planète.”

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plus d’attention, plus de changement

“Je suis convaincue que l’intérêt croissant pour des thèmes comme le plafond de verre et la répartition entre hommes et femmes dans les fonctions dirigeantes a été très utile”, conclut Dominique. “Voilà justement pourquoi beaucoup de choses ont changé ces dernières années.”

Je ne suis pas fan des quotas. Imaginez être un homme aujourd'hui avec les bonnes qualités et de l'ambition.

“Je ne suis pas fan des quotas concrets. Imaginez être un homme aujourd'hui avec les bonnes qualités et de l'ambition. Les quotas sont fondamentalement injustes, peut-être comme les femmes ont été injustement traitées auparavant.
 

Je ne pense pas que l’on puisse combattre le feu par le feu. Tout le monde mérite d’être traité de manière équitable. Une personne qui présente les ambitions et les talents adéquats doit avoir sa chance, peu importe son genre.”
 

donner du sens, c’est en recevoir

Aider les gens à trouver un sens à leur travail, voilà mon moteur depuis 20 ans.

“Je travaille depuis 20 ans pour le Groupe Randstad”, explique Dominique. “J’ai fait carrière, mais ce n’est pas l’impression que j’ai. On ne peut être un bon leader que si on s’intéresse jusque dans les moindres détails à ce que l’on fait et ce que l’on apporte comme plus-value par son travail. Heureusement, c’est très clair dans le Groupe Randstad: notre objectif est d’aider nos collaborateurs à donner du sens à leur travail et les entreprises à trouver les bons collaborateurs, aujourd’hui et demain. C’est ça mon moteur depuis 20 ans.”
 
“Je trouve qu’il est important de faire une carrière qui ait du sens pour soi, afin de faire un travail auquel on croit”, explique Dominique. “Il faut une motivation intrinsèque pour pouvoir faire la différence chaque jour, dans la moindre petite action. C’est mieux que de se créer une carrière ambitieuse, car on est alors trop centré sur soi-même. Et on rate l’essentiel : apporter de la valeur et contribuer à donner du sens à l’avenir.”

jouer les détectives pour connaître le terrain

“Je suis vraiment ravie d’avoir pu commencer sur le terrain pour le Groupe Randstad”, se rappelle Dominique. “J’étais assise dans un bureau et je voyais tout le monde passer. Cela me permettait de sentir l’ambiance et d’examiner le terrain tel un détective pour savoir comment se sentaient les candidats lorsqu’ils entraient et la manière dont les clients étaient pris en charge. Et surtout: comment faire encore mieux. Développer une solide empathie pour toute l’organisation amène automatiquement de meilleures solutions.”
 
Dominique a déjà un beau parcours derrière elle: “Pourtant je n’ai jamais eu le sentiment que mon métier avait profondément changé. L’objectif est toujours resté le même : aider les gens à trouver leur travail idéal. Bien sûr, il y a des décisions plus importantes à prendre aujourd’hui. Mais je suis toujours restée fidèle à cet objectif. Et à moi-même.”
 

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restez soi-même, même dans une autre culture

“Un tournant important dans ma carrière a été la transition de la Belgique vers les Pays-Bas”, se rappelle Dominique. “Les 6 premiers mois ont été très difficiles. Avec mon leadership au féminin – ouvert à d’autres visions – j’ai été reléguée au rang de “pleurnicharde”. Maintenant, je donne d’abord mon avis et je sonde ensuite celui des autres. En inversant la tendance, je suis devenue plus forte. Et surtout, je reste fidèle à moi-même.”