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Au mois de mars, le VDAB enregistrait une baisse d’un tiers du nombre d’offres d’emploi par rapport à la même période de l’année dernière. Ce recul prouve que la crise du coronavirus a très clairement des répercussions. Toutefois, elle offre aussi des opportunités aux entreprises et aux chercheurs d’emploi, estime Jan Denys, spécialiste du marché du travail chez Randstad.

En mars, le VDAB (le service d’emploi public de la Flandre) a reçu une notification directe de 17.361 postes vacants. Par rapport à mars 2019, cela représente une baisse de 31,3 %. Si le déclin est général, certains secteurs sont plus touchés que d’autres. L’horeca et le tourisme enregistrent une diminution de 61,6 %, et le recul est également sensible (plus de 44 %) pour le commerce de gros et de détail, ainsi que pour les services aux entreprises. « Lorsqu’une crise comme celle-ci se produit, les entreprises suivent un mode opératoire facilement identifiable, explique Jan Denys. Elles commencent par ne plus prolonger les contrats temporaires. Ensuite, elles examinent les recrutements prévus, sans les supprimer entièrement, comme le montrent les chiffres. Le marché du travail continue à tourner. La troisième phase consiste à licencier. Elle est déjà engagée, mais les restructurations importantes auront lieu plus tard dans l’année. »

 

une crise n’est pas l’autre

Bien que la crise du coronavirus ait un impact profond sur le marché du travail, Jan Denys tient à apporter une nuance historique. Par rapport à la crise du début des années 1970, les départs naturels sont plus importants actuellement. « À l’époque, peu de personnes ont quitté le marché du travail de leur propre initiative. On a constaté une forte affluence sur le marché de l’emploi et, en même temps, de nombreux postes ont dû être supprimés. Si la situation n’est pas aussi grave cette fois-ci, il n’empêche que l’on prévoit un nombre de 100.000 nouveaux chômeurs, ce qui n’est pas rien. Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale. Notons toutefois que, en 2008, les prévisions étaient également beaucoup plus pessimistes que ce qui s’est finalement passé. »


une année d’études supplémentaire

Le marché du travail n’est pas verrouillé, et pourtant de nombreux candidats se retrouvent dans une situation inédite. Est-il judicieux de chercher un (nouvel) emploi à l’heure actuelle? « Pour certains profils, comme les ingénieurs, il n’y a pas de réel changement, même si beaucoup devront revoir leurs ambitions à la baisse », répond Jan Denys.

Autrement dit, ils seront plus nombreux à devoir se contenter d’un job qu’ils n’auraient pas accepté il y a encore un an. Mieux vaut ne pas être trop gourmand, on pourra toujours se rattraper plus tard.

Pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail, la situation est particulièrement précaire. Si l’obtention d’un diplôme n’est déjà pas en soi chose aisée, décrocher un emploi par les temps qui courent n’a rien d’une partie de plaisir. « Une solution pourrait être de prolonger ses études pendant un an. Non pas pour prendre des vacances, mais pour acquérir de nouvelles compétences et les utiliser lorsque la situation s’améliorera », suggère Jan Denys.

 

garder les yeux grand ouverts

De façon générale, acquérir des compétences n’est d’ailleurs pas une mauvaise idée pour ceux qui veulent s’armer en prévision de temps meilleurs. « Pour ceux qui n’ont pas de travail, c’est certainement une bonne stratégie, qui plus est facile à mettre en œuvre. L’offre de formations en ligne n’a jamais été aussi intéressante, il s’agit donc d’en profiter. » Pour les travailleurs qui souhaitent changer d’emploi, pas besoin non plus de mettre leur projet au frigo, souligne Jan Denys. Le tout est de garder les yeux grand ouverts.

Je comprends que l’on puisse se sentir incertain et que l’on préfère attendre que le vent tourne, mais le marché du travail n’est pas à l’arrêt. Il n’y aucune raison d’abandonner ses plans pendant plusieurs années. Il ne faut pas hésiter à saisir les occasions qui se présentent.

engager des profils difficilement accessibles

Tout comme les candidats, les entreprises doivent procéder à une estimation délicate. La crise incite à interrompre les recrutements, mais comment se préparer à un retour à la pénurie sur le marché du travail? Jan Denys y voit surtout des opportunités. « Pour les grandes entreprises, c’est l’occasion idéale de recruter de nouveaux talents qui n’étaient pas présents sur le marché de l’emploi ou qu’il fallait débaucher à l’aide d’un chasseur de têtes. Il peut être intéressant d’engager dès à présent des profils spécifiques. L’important est de ne pas se braquer sur le premier trimestre. Cela n’a rien d’évident, mais sans doute que la tâche est un peu plus aisée pour les petites entreprises disposant d’une bonne réserve financière. Elles peuvent recruter aujourd’hui des candidats qu’elles n’auraient pas réussi à engager en temps normal. »