congé illimité: le bilan, un an plus tard

Depuis juillet 2016, le personnel de l’agence de communication anversoise Marbles peut prendre des congés sans solde illimités. "Du moment que les objectifs de l’entreprise sont atteints, tout est possible", affirme son CEO, Tom Herrijgers. Quels enseignements peut-on tirer après une année? Et que prévoit le secrétariat social Besox, qui lui emboîtera le pas dès 2018?


ces employeurs qui ne comptent plus les jours de congé

"Notre idée d’accorder un congé illimité à nos salariés s’inscrit pleinement dans notre stratégie, qui vise à développer l’autonomie au sein de notre organisation", précise Tom Herrijgers, CEO de Marbles. "Notre agence de communication fut la première entreprise belge à introduire une telle souplesse en matière de congés."

Marbles a abandonné la mentalité nine-to-five il y a plusieurs années déjà. Sa première décision a été de favoriser la flexibilité des heures de travail; la suivante, de permettre de travailler en quelque lieu que ce soit. "Nos 10 salariés ont une responsabilité de plus en plus grande, ils sont plus sereins et plus productifs", apprécie le CEO. "En outre, cette liberté d’agir a été gérée de façon parfaitement équilibrée, ce qui a renforcé le lien de confiance et nous a incités à lancer le congé illimité."

 

deux formes de congé

Pour éviter que le congé illimité exerce une pression trop grande sur les collègues, il est important d’appliquer un certain nombre de règles de base, prévient Tom Herrijgers. "La moitié de l’équipe au minimum doit être présente, le chiffre d’affaires mensuel prévu ne peut en souffrir, et chaque projet doit pouvoir être finalisé à tout moment. Que tous nos designers soient absents au même moment n’est évidemment pas acceptable!"

Marbles distingue deux formes de congé: "Totalement indisponible" et "Disponible pour les collègues par téléphone ou par les modes de communication numériques".

"L’indisponibilité totale sert à prendre réellement des vacances, à voyager et à se reposer. L’autre forme de congé permet de s’occuper de ses enfants lorsqu’il n’y a pas école, ou de partir à la mer dès le vendredi après-midi. J’avais cette possibilité et cette liberté en tant que chef d’entreprise indépendant. Désormais, mon personnel en bénéficie lui aussi."

 

moins de congés maladie

Les résultats après une année de test sont d’ores et déjà positifs.

"Le nombre de journées de maladie a diminué", observe le CEO. "Autrefois, nos salariés prenaient souvent trois ou quatre jours consécutifs, contre un seul désormais. Certes, ils prennent davantage de congés, mais c’était précisément notre objectif! Autrefois, les jours de congé étaient au nombre de 20; aujourd’hui, ils s’élèvent en moyenne à 30."

Sur le plan juridique, le congé illimité est parfaitement possible pour autant que deux conditions soient respectées. Primo, chaque salarié reçoit 20 jours de congés légaux en Belgique. Secundo, tous les jours qui s’y ajoutent doivent l’être de commun accord entre l’employeur et le salarié.

À la mi-septembre, l’un des salariés de Marbles partira un mois au Canada. C’est la plus longue période couverte jusqu’à présent par le règlement applicable aux congés illimités. "C’est moins évident mais pas forcément infaisable", affirme Tom Herrijgers. "L’équipe s’est déjà mise à l’œuvre. C’est d’ailleurs la règle: ils décident, pour chaque congé, de quelle façon ils géreront l’absence de leur collègue et se redistribueront ses tâches. Et cela fonctionne. L’instauration du congé illimité a accru la cohésion entre les collaborateurs: ils ne travaillent plus chacun de leur côté, l’atmosphère est différente."

Une chose ne fonctionne en revanche pas, selon le CEO: équiper les salariés de technologies diverses et variées afin qu’ils puissent travailler indépendamment des horaires et du lieu, tout en limitant leur liberté de prendre des vacances quand ils le souhaitent.

"L’employeur qui atteint l’équilibre de tous ces éléments peut, selon moi, enregistrer des résultats bien plus satisfaisants."

 

2018 et au-delà…

À l’étranger, de grandes entreprises telles que Netflix et Virgin ont, voici quelque temps, cessé de contrôler l’affectation du temps de leurs salariés. Pour l’heure, en Belgique, ce sont principalement de petites organisations qui adoptent le congé illimité.

Le secrétariat social Besox, qui compte quatre filiales à Anvers et en Flandre-Occidentale, a récemment annoncé à ses 30 collaborateurs que ceux-ci pourraient exploiter dès l’an prochain une mesure similaire.

"Accroître la flexibilité et l’autonomie de mes collaborateurs contribue à améliorer leurs prestations", estime Christophe Morbee, son CEO. "J’ai récemment rencontré Tom Herrijgers pour discuter des détails pratiques. Cette entrevue a achevé de me convaincre de l’utilité de cette mesure."

 

le client demeure la priorité absolue

Même si les collaborateurs prendront probablement davantage de jours de congé, et plus souvent, à partir de l’an prochain, ce phénomène ne pèsera pas sur l’administration de Besox, juge son patron. "Nos équipes travailleront de manière plus autonome, géreront leurs congés en concertation les uns avec les autres, et s’assureront que tous nos bureaux et gestionnaires restent disponibles pour nos clients. Ceux-ci ne peuvent évidemment pas en être affectés. C'est la condition sine qua non."

 

évaluation annuelle

Besox teste le congé illimité pendant un an. Une évaluation sera ensuite menée. "J’ai établi un contrat d’un an avec nos collaborateurs. Dans le pire des cas, nous interromprons le test. Mais je ne prévois pas d’abus. Je suis certain que nos collaborateurs sont assez engagés pour soutenir leurs collègues et leur entreprise."